Combien coûte un jean ?

Série sur le livre “L’économie comme vous ne l’avez jamais vue” /3

Vous portez des jeans ? Alors cet article vous concerne. Mais avant de le lire, une devinette : combien de kilomètres a-t-il parcouru avant qu’il devienne le vôtre. 5 000? 10 000? Pas tout à fait. Qu’il coûte 20 ou 200 euros, un jean traverse en moyenne 12 pays – ou 50 000 km – avant d’arriver en magasin.

L'odyssée internationale du jean.
Itinéraire de la transformation du coton en jean vendu en magasin.

Détail de l’odyssée la plus courante : le coton du Kazakhstan est filé en Turquie, tissé au Taïwan, coloré en Tunisie (avec de l’indigo polonais), affiné en Bulgarie et cousu en Chine (les boutons et rivets sont italiens, la doublure par contre est suisse) et c’est en France qu’on lui donne un aspect usé (avec des pierres ponces grecques bien sur). La dernière étape est le magasin, que ce soit H&M, un discounter ou une boutique de quartier. Un itinéraire qui peut paraître hallucinant, mais qui est la norme dans une industrie textile mondialisée.

Détricote-moi un prix…
Le plus surprenant c’est le prix : 22,10 dollars US pour la marque de distributeur des supermarchés Wal Mart. Malgré un prix si bas, chaque intermédiaire y gagne. Les matières utilisées reviennent à 6,12 dollars, la fabrication elle coûte 1,16 dollars, dont 0,26 de bénéfice pour le fabricant. On est à 7,28 dollars, auxquels s’ajoutent 3,65 de transports pour arriver aux USA, donc 11,03 au total. Le supermarché lui rajoute 11,17 dollars pour arriver à 22,10. Mais attention, ce sont essentiellement des coûts qu’il rajoute : transport, taxes, financement etc. Le bénéfice entreprise avant impôt s’élève à 0,87 dollars. Faire faire 50 000 km à un jean pour 4 % de marge brute… c’est brutal. Mais c’est le volume qui rattrappe le coup.

Analyse du prix de revient d'un jean, rivet par rivet...
Infographie sur les prix de revient des jeans, les chers et les pas-chers…

Les salaires : d’un extrême à l’autre
Quant aux salaires des marchands de vêtements occidentaux et petites mains orientales, la différence donne le vertige. Commençons par le haut : le PDG de H&M, actuellement Karl-Johan Persson, touche 1,3 millions d’euros par an. Un responsable de ses filiales reçoit 3 950 euros par mois dans le nord de l’Europe, le collaborateur en magasin le moins bien payé 1100 euros pour une semaine de 38 h.

Regardons vers le bas : au Bangladesh, le couturier (le mot peut induire en erreur, donc précisons : la personne assise devant la machine à coudre), empoche 54 euros à la fin du mois. Dans une filature indienne, le salaire est de 20 à 52 euros selon l’ancienneté. Toujours en Inde, celui qui cueille le coton touche 37,50 euros mensuels, tandis qu’aux USA, pour le même travail, le salaire est de 2564 euros.

Rien n’illustre mieux la mondialisation que l’industrie textile. Pour en savoir plus, reportez vous à la page 86 de l’excellent livre L’économie comme vous ne l’avez jamais vue. Adapté par l’auteur de ces lignes.

Pour en savoir plus:
Si vous voulez vous informer davantage sur l’industrie textile, il y a l’excellent site Clean Clothes Campaign qui a amené les géants de l’industrie textile à signer une charte de transparence, dont H&M.

Pour jeter un coup d’œil au côté obscur, rien ne vaut le site du consultant star de l’industrie textile, David Birnbaum, auteur de l’inénarrable Birnbaums Global Guide to Winning the Garment War. Un livre exquis dans lequel l’auteur conseille année après année sans le moindre recul quelles parties du mondes sont les plus rentables pour l’industrie textile occidentale.

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